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Smart contract = Gravity

“Il n’y a qu’un problème économique vraiment sérieux: c’est la valeur enclavée sur les blockchains. Comprendre comment la déverser sans friction dans le monde physique, c’est répondre à la question fondamentale de l’économie. Le reste, si les NFTs redonneront du pouvoir aux artistes, si le concept de DAO remplacera les entreprises actuelles, vient ensuite. Ce sont des jeux ; il faut d’abord répondre.”

Voilà ce qu’aurait écrit Albert Camus s’il vivait aujourd’hui, à une époque où nous avons enfin réussi à nous défaire du monde physique, en créant notre propre couche du monde, immatérielle certes, mais bien tangible, consistante et prédictible: la blockchain.

ATOME: Couche non-humaine de notre univers

La blockchain est l’incarnation de milliers d’années de rêves et réflexions quant à l’appropriation humaine du monde dans lequel nous nous sommes retrouvés jetés. En effet, malgré nos avancées technologiques, nos prouesses scientifiques nous rappellent bien trop fortement que nous sommes condamnés à suivre les lois de la physique, écrites en dur dans le livre de l’univers.

On ne peut pas dépasser la vitesse de la lumière, et ce n’est pas nous qui l’avons écrit. Nous nous approprions l’univers en comprenant ses lois. Par exemple, notre corps a complètement digéré la gravité et ainsi, nous nous déplaçons dans l’espace en prenant pour acquis que cette force s’appliquera toujours. Nos sports, plaques à induction et fusées reposent sur le fait que l’on ait pris pour éternels des lois physiques, que l’on a comprises, mais pas écrites.

Ainsi nous restons esclaves des règles de l’univers, puisque nous y sommes assujettis contre notre volonté et les comprendre ne résout pas le problème.

C’en était trop pour l’être humain, il lui fallait une dimension du monde où les lois sont les siennes pour s’organiser en grands groupes et accélérer son développement. Un monde dans lequel il est maître d’écrire les lois?

INSTITUTION: Version 1 de la couche humaine de l’univers

Nous avons crée les INSTITUTIONS afin de dicter les mouvements sociétaux (et non physiques), nous avons érigé des lois (contrat) qui doivent être respectées par (nous), sous faute de punitions. L’homme a ainsi réussi à s’organiser en larges groupes de personnes (Walmart 2.3m d’employés) afin de mener à bien des missions. Le concept d’institution est finalement un outil de coordination: il permet aux êtres humains de se coordonner en masse en construisant des entités qui le dirigent et l’aident à perdurer dans le temps, à créer de la constance - dans le sens de la gravité, une force qui s’exerce constamment sur laquelle on peut se reposer, avoir confiance. Une start up, c’est juste plusieurs humains qui se coordonnent pour suivre la même direction, grâce à l’outil INSTITUTION. Cependant, ces lois n’étant pas écrites en dur et l’humain étant déviant, le concept d’institution montre ses propres limites: fraudes, meurtres, blanchiment d’argent, mensonges etc. Une punition hypothétique (prison, peine de mort) n’est pas assez forte pour endiguer tous les mauvais comportements humains, ainsi que notre ingéniosité sans failles.

💡 Il fallait trouver un moyen de créer une couche humaine de l’univers, avec la dureté du monde physique, ie des lois infranchissables.

BLOCKCHAIN: Version 2 de la couche humaine de l’univers

Les lois institutionnelles sont écrites en langage humain, pourquoi ne pas réutiliser le langage de l’univers, ie les mathématiques, afin de créer une dimension humaine du monde plus robuste? C’est précisément la blockchain. Elle correspond à la couche humaine du monde, avec des lois codées en dur, ie Smart Contract. La logique d’un smart contract est aussi implacable que les lois de l’univers: s’il y est écrit qu’une seule adresse peut transférer les fonds, c’est impossible pour une autre de le faire. Tout comme il est impossible de dépasser la vitesse de la lumière. Les lois de la blockchain sont de même nature que celles de l’univers, elles sont infranchissables. Contrairement aux lois des institutions, qui sont franchissables, et dont le franchissement n’offre pas une sentence assez conséquente pour endiguer les déviances de TOUTE l’humanité.

La blockchain - tout comme l’univers - empêche TOUTE l’humanité.

De cette dureté jaîllit la caractéristique qui manquait cruellement à l’INSTITUTION, ie la prédictibilité.

Dans la dimension institutionnelle du monde, deux actions similaires, e.g. un meurtre, peuvent mener à des résultats complètement différents, e.g. un non-lieu ou une peine de mort.

💡 Notre dimension institutionnelle est tellement peu prédictible qu’on forme des experts (les avocats) à comprendre ce livre ÉCRIT PAR NOUS (la loi) et à y trouver des failles. Et ce processus est tellement aléatoire que les procès sont souvent télévisés (Johnny Depp, Amber Heard) et qu’ils finissent par concurrencer les feuilletons du moment, tellement ils sont palpitants. C’est quand même fou.

Sur la blockchain, c’est tout l’inverse.

On peut tout y prédire, comme le mouvement des planètes. Nous savons à l’avance, avec grande précision, quelles seront les conséquences de n’importe quelle nouvelle transaction. Là est l’intérêt de la blockchain: on peut faire confiance en ses règles autant qu’en celles de l’univers, et construire des objets (e.g. des applications) solides dans l’espace (persistance) et dans le temps (rémanence). Cette prédictabilité fait de la blockchain le moyen de coordination ultime pour les êtres humains.

En résumé, la blockchain permet l’emergence d’une confiance de type atomique (ie, la même qu’on a avec le fait que si je lâche cette pomme, elle tombera) sur une couche humaine du monde.

  • La loi de l’Institution (banques, gouvernement, ecole etc) est imposé par des contrats franchissables, la loi de la blockchain est imposée par des contrats infranchissables (smart contract).

  • Cette confiance atomique permet le jaillissement de stratégies complexes et tire profit de la créativité de l’homme, là où l’institution la freine: la lenteur et la friction empêchent son essor.

  • A la façon de la science, la blockchain exploite la curiosité de l’homme. En étant ouverte à tous, elle permet à chaque être de créer dans son coin, juste pour satisfaire ses envies personnelles. Tous les curieux de l’univers peuvent créer des smart contracts et participer à l’essor de cette technologie, sans s’en rendre compte alors que pour écrire une loi, il faut des années d’études et d’experience professionnelle.

  • C’est pour ça que la science est si prolifique: on peut étudier dans son coin et on peut faire éclater la vérité. On sait que le progrès scientifique est bien plus véloce que l’évolution des moeurs: je pense que c’est parce que les moeurs reposent sur l’institution (non prédictible, dur d’établir du consensus) alors que la science étudie le monde physique, prédictible (pré-mecanique quantique).

  • La blockchain s’imposera à la façon de la science, de façon évidente. Comment ne pas croire quelqu’un qui prédit avec précision le mouvement des astres célestes ?

SOURCES