On the rivers of Babylon

Babylon A.D  

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Le jeune prince adoubé par le tout Hollywod, Damien Chazelle, revient avec son quatrième film, le plus ambitieux, sur les débuts du cinéma muet américain, son système, ses excès et raconte en trois heures les destins tragiques des employés de l’usine a reve, autant en proie a s’échapper que le spectateur. 

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Le film s’ouvre sur une vieille ford T dans un désert Californien beau de sécheresse. Dès la première image du film, le grain de la pellicule et l’immersion immédiate dans un univers quelque peu familier, le beau Los Angeles aride de Chinatown, promettent une œuvre. Une œuvre de moyen d’abord, une œuvre d’artiste après, et peut-être une œuvre intemporelle. Damien Chazelle, tu m’avais manqué.

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La dite scène s’embrase dans la seconde. Le caméra bouge frénetiquement pour révéler Manny Torres, un de nos protagonistes, suppliant un homme de lui transporter un éléphant. Prenant vite un tour comique, le film casse l’image austère qu’il aurait pu avoir et devient pendant trente minutes un tourbillon musical où l’on découvre le monde fou du cinéma des années 20. Partouze, cocaine, une femme urinant sur un obèse, tout y est. On peut critiquer ce spectacle en le traitant de vain mais la prouesse visuelle est réussie. Le rythme est idéal pour débuter le film et nous faire découvrir tous les personnages. Brad Pitt, phénoménal de grandeur et vulnérabilité, divorce avec sa quatrième femme avant de rejoindre la soirée alors que Margot Robbie, décidé a être une star, cherche de la cocaine comme si sa vie en dépendait. Ça boit, ça baise, ça crie dans un torrent de jazz communicatif. Le personnage de Margot Robbie, Nellie LeRoy est engagé sur un tournage, Manny raccompagne Jack Conrad (Brad Pitt) chez lui et ce dernier lui demande de l’accompagner sur le tournage de son film le lendemain. 

Ecran noir. Babylon. Après une demi-heure, le film commence. 

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Babylon parle du cinéma, du temps, des gens, de la vie. Quand on le découvre, Jack Conrad est le plus grand acteur du cinéma muet. Désireux de continuer son ascension, de faire évoluer son milieu, malgré son alcoolisme quelque peu entravant sa quête, son parcours au long du film sera cruellement celui de la chute inévitable d’une idole, adulée, puis ridiculisée à l'arrivée du cinéma parlant. Nellie LeRoy, The Wild Child, une tornade bourrée de talent et de coke, naturellement à l'aise devant la caméra, convaincue d'être une star née et obsédée par l’idée d’oublier sa vie malheureuse devant le symbole du glamour hollywoodien. En vain. Et puis Manny Torres, immigré, rêveur, travailleur, il passera du rang d’homme à tout faire à producteur. Hollywood l’a fait rêver, puis l’a fait s’élever. Puis l’a fait chuter. Comme tous. Nos personnages se lancent dans la quete d’une vie de sens capable de réparer tous leur tort et enfin se faire une place dans la société. Tous de milieu différents, portés par des ambitions censés les réaliser a leur manière, ils vouent pourtant le meme culte a une industrie pas encore glamour pourtant si chère a leur yeux. Le monde des images peut guerir toutes les blessures. 

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Babylon recèle de moments de grâce. La scène où Manny va chercher en urgence la caméra avant que le réalisateur - on adore voir Spike Jonze - ne perde la lumière, est sûrement une des plus belles scènes sur la magie du cinéma jamais capturée. Car Chazelle, qui avait déjà immortalisé son amour pour la comédie musicale avec La La Land, aime ce format à en mourir. Les moments en apothéose du film, capturé par à un montage parfait, comme Nellie sur son premier tournage, le passage au parlant, Jack Conrad regardant une salle hilare devant sa dernière prestation, ou le montage finale,  marque l’essor d’un réalisateur décidément amoureux de son métier, hanté par ses pairs mais assez doué pour accoucher d’une oeuvre façonnée a la fois comme un hommage autant qu’un conte horrifique. Chazelle capture la beauté, la ferveur, la passion et toutes les traumatismes qui les nourrissent. 

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Un jeune réalisateur doit se construire autant que sa filmographie. Whiplash était un coup d’éclat, La La Land la consécration, First Man le bijou austère quelque peu oubliable et puis Babylon, la confirmation, l'élévation d’un artiste, qui n’essaie plus de réaliser ou de se trouver mais qui ose pousser, commenter sur l’histoire même de l’industrie dans laquelle il opère. Et c’est pour cela que Babylon divise, que la fresque de trois heures arrivée à osciller entre scène d’une subtilité touchante à la grossièreté franchement inutile (je hais le vomis au cinéma). 

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Voilà donc un film qui fait du bien parce qu’il ne cherche pas à en faire. Il ne cherche presque rien, il affirme, enfonce, et transporte. Un film sur le cinéma, ses icônes, le mythe d’Hollywood qui devient par sa folie, ses risques, sa réalisation et ses acteurs ; mythique, puissant, drôle, atypique et donc fantastique. Allez le voir pour l’aimer, le haïr, être transporté ou dégouté mais tout amoureux du cinéma ne pourra qu’en ressentir sa magie. Littéralement. 

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Alors pourquoi le film est-il autant haï aux Etats-Unis ? 

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 Chazelle était érigé en prodige, capable de remettre au goût du jour ses inspirations et son amour de l'âge d’or Hollywoodien. Mais avec Babylon, un film sur la création de ses obsessions, il se libère enfin de ses pairs pour finalement s'asseoir à leur table. Il tue La La Land, renvoie Whiplash au court métrage de Sundance et il est possible que la presse américaine lui en veuille de ne pas être resté à sa place. Pourtant, on peut enfin soupirer et dire : A Star is born, alors qu’on attend son prochain film excité et incapable de prédire son style, l’attente anxieuse que procure un artiste, un grand !

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