Bitcoin : A-t-on touché le fond ?

Accueil » Tribunes » Tribune : Cryptomonnaies & Géopolitique

Bitcoin : A-t-on touché le fond ?

mer 02 Fév 2022 ▪ 13h00 ▪ 9 min de lecture - par Nicolas Teterel

Les bonnes nouvelles s’amoncellent. De Moscou à Phoenix, le bitcoin séduit et ce ne sont pas les volumes de transaction qui diront le contraire. Même l’analyse on-chain suggère que nous sommes peut-être sur un point de bascule.

Résumé du rapport on-chain hebdomadaire de Glassnode

Glassnode s’est demandé cette semaine si la demande sous-jacente de bitcoins (on-chain) est suffisante pour établir un bottom.

GN s’est intéressé à plusieurs métriques dont :

  • – La quantité d’adresses ayant une balance positive

  • – La quantité d’adresses ayant tendance à accumuler

  • – Les entrées/sorties de BTC depuis les exchanges

Premièrement, GN a étudié le nombre d’adresses ayant une balance non nulle. Une réduction significative suggère souvent une purge à venir étant donné que les BTC éparpillés sur de nombreux wallets convergent massivement vers les quelques adresses des exchanges afin d’être vendus. Et vice versa.

De tels exodes ont pu être observés lors des krachs de 2017 et de mai 2021. GN note que dans les deux cas, « le nombre d’adresses non nulles s’est retourné à la hausse à mi-chemin de la phase haussière suivante ».

Actuellement, la trajectoire haussière du nombre d’adresses ayant une balance positive reste de marbre face à la décrue de 50 % de BTC/USD, « faisant penser au mini bear market de 2019 ». « Le nombre d’adresses ayant une balance positive est au plus haut historique, à 40,16 millions ».

Autre donnée très parlante : la part des adresses « illiquides ». C’est-à-dire des adresses qui accumulent. Ces dernières représentent 76,2 % de toutes les adresses. Or :

  • Bear market (zone rouge) : Typiquement, la part des adresses illiquides a tendance à baisser.

  • Bull market (zone verte) : Typiquement, la part des adresses illiquides a tendance à augmenter.

Encore une fois, la baisse actuelle diffère des krashs précédents puisque la part des adresses illiquides n’a jamais cessé d’augmenter. Rien que cette semaine, « environ 51 000 BTC ont été aspirés par des adresses illiquides » :

Courbe bleue : pourcentage des bitcoins en circulation déposés sur des adresses ayant un historique d’accumulation / Courbe grise : prix du bitcoin / Ceci est une divergence haussière

Concernant les entrées/sorties de BTC sur les exchanges, on observe des sorties substantielles de BTC, ce qui est typique des marchés haussiers. « Cette semaine, nous avons constaté des sorties nettes d’une ampleur raisonnablement élevée, entre 45 000 et 59 000 BTC », peut-on lire dans le rapport de GN.

GN souligne que « 42 900 BTC ont quitté les exchanges depuis le dernier ATH », ce qui contraste avec les « 164 000 BTC qui étaient entrés lors du krach de mai 2021 ». Dit autrement, malgré la baisse, certains en profitent pour faire leurs emplettes. Probablement les investisseurs institutionnels.

Dans l’ensemble, le nombre de BTC sur les exchanges est au plus bas depuis plusieurs années. GN avance que les exchanges hébergent seulement 13,27 % des BTC en circulation.

Enfin, l’analyse des volumes de transaction plaide également pour une reprise de la hausse. Le graphique suivant montre qu’après une explosion des volumes en 2017, ces derniers s’étaient rapidement écroulés. Tout le contraire de ce que voyons actuellement avec un niveau plancher des volumes de transaction qui n’en finit plus de s’étoffer :

Moyenne mobile à sept jours des volumes de transaction on-chain en bitcoins

Bon baisers de Russie

Ce fut la déclaration choc de la semaine passée. Vladimir Poutine a lancé que la Russie a « des atouts pour miner le bitcoin ». De quoi rabattre le caquet de la banque centrale russe qui plaidait quelques jours auparavant pour une interdiction totale du bitcoin…

L’homme fort du Kremlin a propulsé le bitcoin dans l’arène géopolitique, en réaction aux menaces américaines de déconnecter son pays du réseau SWIFT. Ce réseau de messagerie bancaire noyaute toutes les transactions internationales. En être déconnecté est synonyme d’écroulement économique…

Joe Biden n’a de cesse de provoquer l’ours russe. En envoyant d’une part de l’armement en Ukraine. Et d’autre part en poussant le président ukrainien à réclamer une intégration au sein de l’OTAN, malgré le fait que Moscou ait depuis toujours mis en garde contre une avancée de l’alliance jusqu’à sa frontière.

Très clairement, les Américains espèrent que l’armée rouge marche sur Kiev pour justifier une déconnexion de la Russie du réseau SWIFT…

« Le président russe Vladimir Poutine a accusé l’Occident de créer délibérément un scénario destiné à l’entraîner dans une guerre en ignorant les préoccupations de la Russie en matière de sécurité en Ukraine »

Les tambours de guerre se faisant entendre jusqu’à Berlin, le nouveau leader de l’Union chrétienne démocrate (CDU) allemande, Friedrich Merz, a mis en garde contre la suspension de la Russie du système international de paiement bancaire SWIFT en tant que sanction potentielle pour toute attaque russe contre l’Ukraine :

« Remettre SWIFT en question pourrait être une bombe atomique pour les marchés financiers ainsi que l’économie réelle. […] Il y aura des retombées économiques considérables pour nos propres économies », a prévenu M. Merz.

Ce n’est rien de le dire. « Les pays européens ne pourront pas recevoir de gaz, de pétrole et de métaux si la Russie est déconnectée du système SWIFT », a déclaré Nikolay Zhuravlev, vice-président du Conseil de la Fédération, jeudi dernier, après que le Premier ministre britannique Boris Johnson ait déclaré un peu plus tôt qu’il discutait de cette éventualité avec les États-Unis.

La Russie est par ailleurs essentielle pour le marché mondial du titane, de l’aluminium, les engrais chimiques. En 2021, elle fut de très loin le plus grand fournisseur de gaz (~40 %), de charbon (~45 %) et de pétrole (~26 %) de l’Europe…

Tout cela étant dit, la question est de savoir si la Russie ne lancera pas des cyberattaques massives contre le réseau SWIFT en cas de déconnexion, empêchant donc son utilisation par tout le monde, ce qui écroulerait l’économie mondiale. Ne manquez pas notre article sur les tenants et aboutissants de ces sombres manœuvres.

Un tel chaos pourrait voir le bitcoin s’imposer comme le système de paiement international par excellence et Vlad l’a bien compris…

Arizona, Inde, Texas, volumes de transaction

Géopolitique mise à part, notons que les bonnes nouvelles ne cessent de s’accumuler. L’État américain d’Arizona a proposé une loi pour imiter le Salvador, tout comme plusieurs candidats au poste de gouverneur du Texas (neuvième PIB mondial). Le candidat Don Huffines a promis de légaliser les paiements en bitcoins s’il est élu.

Légaliser les paiements en BTC est une excellente chose, mais rappelons que le bitcoin n’a même pas besoin d’être une monnaie. Il peut atteindre 100 000 milliards de dollars en étant simplement une réserve de valeur. Les États plus ou moins hostiles peuvent donc bien interdire les paiements en BTC, cela ne change rien…

À ce propos, notez que les volumes de transaction réalisées via des cartes de paiement reliées au bitcoin atteignant déjà 2,5 milliards de dollar depuis le début de l’année. C’est 70 % de plus que le volume total de 2021 ! Ainsi, peu importe que l’on ne puisse pas payer en BTC directement puisqu’il est possible d’utiliser des cartes qui convertissent instantanément nos BTC en euros ou dollars.

En parlant de cartes, NYDIG rapporte que le volume annuel de transactions on-chain en BTC (3000 milliards de dollars en 2021) a dépassé les 1300 milliards traités par American Express.

Terminons en ajoutant que Chainalysis rapporte dans son rapport annuel Crypto Crime Report que le volume total de transaction de l’ensemble des cryptomonnaies s’est établi à 15 800 milliards. Soit une hausse de 567 % comparé à 2020 ! C’est plus que Visa et Mastercard qui ont traité respectivement 13 500 et 7 700 milliards de dollars.

PS : l’Inde a légalisé le bitcoin et l’inflation a encore accéléré dans la zone euro, à 5.1 % d’une année sur l’autre. +28 % pour le prix de l’énergie…