Dans ma carrière je suis tombé dans deux rabbit holes (comme on dit), le product management et le web3.
Depuis quelques mois je me demande à quel point les changements potentiels de paradigme que proposent le web3 vont avoir une influence sur la démarche Product: web2 vs web3, centralisation vs décentralisation, Google login vs Metamask connect, utilisateur vs community, gratuité vs propriété de ses données… Un modèle mental proposé par a16z nous explique le web3 non seulement permettre “lire” (web1) + “écrire” (web2) mais aussi de “posséder ” les données. Si vous n’avez jamais entendu parler de web3, je vous conseille de faire un petit tour par là. D’ailleurs n'hésitez pas à revenir sur ce lien si certaines notions que j’aborde ne vous semble pas claires.
Que fait le Product Manager?
Pour commencer, je vous propose un résumé du rôle du Product Manager.
Dans un environnement où, 🔨Le développeur construit le produit 😌Le designer s’assure de l'expérience utilisateur lors de l’usage du produit 📢Le marketeur fait connaître le produit
💼Le commercial s’active à trouver des acheteurs au produit
Le PM, quand à lui, s'efforce de représenter l’utilisateur. Il a pour objectif la création de la valeur pour l'utilisateur principalement pour l’aider à résoudre un problème qu’il rencontre. Pour Marty Cagan fondateur du Silicon Valley Product Group, “Le travail d'un PM consiste à découvrir un produit qui a de la valeur, qui est utilisable et qui est faisable". Un diagramme de Venn représente ce positionnement à l’intersection entre business, technologie et experience utilisateur

Pour résumer le rôle du PM est d’identifier une opportunité de création de valeur pour un utilisateur (Discovery). Puis il doit faire en sorte que la solution proposée puisse satisfaire le besoin de l’utilisateur dans un business model durable (Delivery).
Le web2
Dans le web actuel, il y a deux produits emblématiques: la marketplace et le réseau social. Le premier permet de mettre en adéquation une offre et une demande, le business model étant construit autour de la récupération d’une partie de la valeur des transactions. Le second permet de mettre en relation des personnes en fonction de leur intérêt, le business model étant construit autour de la monétisation des data.
Dans les deux cas, ce sont des plateformes qui centralisent les échanges. Cette centralisation a amené deux concepts que sont “l’uberisation” et “First takes it all” et permis la création des géants que l’on connaît, les GAFAM. C’est l’avènement de ce que l’on appelle le web2.
La maturité technique des plateformes digitales permet au PM de mettre beaucoup d’attention sur l’expérience utilisateur ainsi que le prototypage et le test très rapide des produits pour les utilisateurs.
Le web3
Essayons d’abord de définir le web3 : c’est une nouvelle iteration du World Wide Web reposant sur la technologie blockchain(*) incluant le concept de décentralisation.
Le super-pouvoir de la blockchain est de permettre l’échange d’information ou de valeur (comme le bitcoin) sans intermédiaire. On pourrait donc potentiellement se passer des plateformes mentionnées précédemment… je vois des étoiles dans vos yeux !!! Vous comprenez donc l’engouement actuel sur les cryptos et autres NFTs. Mais pour cela, il faut que l'utilisateur soit titulaire d’un “wallet”(**) identifié par sa clé publique (l’adresse pour envoyer un actif) et de la clé privée associée unique, non modifiable (qui permet au titulaire de valider une transaction).
La décentralisation(***) est une notion clé dans le web3 mais peut-être proposée à des degrés divers. On entre alors dans une zone grise entre le web2 et le web3, le web2.5. Un exemple représentatif est le projet Sorare (jeu basé sur le collectionnement de carte type Panini) qui utilise la technologie blockchain mais centralise une partie des données, en particulier celles qui n’ont pas de valeur (seules les cartes rares sont des NFTs donc sur la blockchain). La plateforme permet aussi aux utilisateurs qui ne sont pas titulaires d’un “wallet” de prendre en charge la gestion de actifs numériques (wallet custodial service) via un compte classique web2 (login avec Google ou Facebook par exemple).
Quelles differences pour la démarche Product ?
Le trilemme des blockchains

Le trilemme des blockchains est un terme inventé par Vitalik Buterin, fondateur d’Ethereum. Ce trilemme est basé sur 3 axes principaux: scalabilité, sécurité et décentralisation. D’après Vitalik Buterin, une cryptomonnaie ne peut pas être développée sur ces 3 axes en même temps. Le plus souvent, deux axes sont privilégiés et le dernier représente le point faible de la cryptomonnaie.
La conséquence dans la démarche Product et que contrairement au web2 centralisé, il y a un travail de priorisation à effectuer entre ces 3 axes.
L’expérience utilisateur
Le principale avantage de la décentralisation est de ne plus être dépendant d’une plateforme dans la gestion des données mais le revers de la médaille c’est que l’utilisateur doit le faire soi-même, c’est le concept de self-custody. L'utilisateur doit être beaucoup plus actif que lorsqu'il laissait la main aux plateformes centralisées. C’est pour cette raison que certains on décidait de privilégier l’expérience utilisateur, tel Sorare cité précédemment.
La conséquence dans la démarche Product est une expérience utilisateur plus complexe et un travail d’éducation à faire auprès des utilisateurs. Le coût d'accès au web3 est plus important, l'utilisateur doit donc bien comprendre quelle est la valeur du produit pour lui.
Ce sujet est capital pour une adoption de masse au web3.
Maturité de la technologie
Outre le fait que la centralisation des plateformes donne un contrôle global du produit (sécurité, architecture, stack, framework), la maîtrise de la technologie de développement permet de limiter fortement les risques. Dans le web3, la notion de smart contract(****) est récente et des contraintes nouvelles apparaissent comme l’immuabilité par design … gare aux bugs qui traînent, Wormhole peut en témoigner. Il y a aussi peu d’outils mis à disposition des développeurs, pas d’enabler, pas de framework. L'écosystème technique est encore à construire.
La conséquence dans la démarche Product est que le PM doit être plus attentif aux risques techniques et la méthodologie consistant à des itérations rapides pour tester le produit n’est plus aussi simple.
Utilisateur vs Communauté
Le principe de décentralisation crée un changement de paradigme de l’approche marketing. Le produit ne s’adresse plus à un utilisateur mais à une communauté. Le produit doit permettre l’engagement de la communauté et prendre en compte les interactions entre ses membres.
La conséquence dans la démarche Product est que la recherche de valeur s’applique à une communauté et pas juste un persona “utilisateur”. L’objectif de la recherche utilisateur se concentrera plus sur les besoins de la communauté et la compréhension de son fonctionnement.
Pour résumer
La technologie blockchain est un nouvel outil dont le potentiel semble immense. Ce potentiel est d’ailleurs tellement grand qu’on donne déjà un nom au phénomène, web3, avant même que l’on ait pu observer un impact réel sur le fonctionnement d’internet.
Ma conviction est que le Product Management et l’application de ses principes seront déterminants dans sa diffusion. J’ai échangé avec beaucoup de web3 addicts et tout le monde s’accorde à dire que l’on est encore qu’aux prémices d’une révolution. Bitcoin en est un symbole, la technologie est bluffante mais sa valeur pour l'utilisateur n’est pas évidente.
L’ADN d’un product manager est d’identifier une opportunité de création de valeur. Le web3 est donc un endroit idéal pour un PM de créer de nouveaux produits.
web2 vs web3 en un coup d’œil

Source: Qu’est-ce que le Web3, cette version décentralisée d’Internet ?
(*) Blockchain: Une blockchain, ou chaîne de blocs en français est l’équivalent d’un registre de transactions librement consultable par toute personne disposant d’un accès à Internet. Chaque transaction effectuée est inscrite dans un bloc (l’équivalent d’une page du livre de comptabilité) qui est ensuite scellé lorsque arrivé au bout de sa capacité ou du temps imparti, ce qui a pour effet de créer un nouveau bloc (l’équivalent de tourner une page du livre pour en démarrer une nouvelle). Les blocs sont liés les uns aux autres par un identifiant unique servant d’empreinte pour le bloc suivant, les rendant infalsifiables puisqu’une modification d’un des blocs modifierait l’ensemble des blocs qui suivent.
(**) Wallet: Un wallet permet le stockage et l’utilisation de crypto-actifs, l’équivalent d’un portefeuille pour votre monnaie fiduciaire. Il en existe deux types, le hot et le cold wallet. Tous deux nécessitent : une clé publique (l’équivalent d’une adresse postale) et une clé privée (l’équivalent de la clé de votre logement), qui permet l’accès aux actifs. Un hot wallet (virtuel) est un wallet crypto pouvant être connectés à Internet de quelque façon que ce soit. Un cold wallet (physique) quant à lui est déconnecté.
(***) Décentralisation: La décentralisation, en opposition avec la centralisation, est un processus d’aménagement qui consiste à transférer des compétences, de la donnée, du calcul… vers plusieurs entités (ou des collectivités) distinctes afin de permettre une plus grande autonomie au sein de la communauté concernée et d’éviter qu’une seule personne (ou une seule entité) ne prenne toutes les décisions et ne mène toutes les actions sans consulter les autres.
(****) Smart contract: Les smart contracts sont des programmes informatiques décentralisés, le plus souvent déployés sur une blockchain, qui exécutent un ensemble d’instructions prédéfinies. Ils sont novateurs par leurs exécutions autonomes et rapides, leurs immuabilités, la blockchain étant le tiers de confiance. Utilisés dans certains transferts d’actifs numériques, dans la finance décentralisée.
Source: 20 mots pour mieux comprendre le Web 3

