Les aventures de Jimmy le hodler.
Fébrile, Jimmy martèle la touche F5 de son clavier. Il est actuellement connecté à EDGAR, un outil fourni par la SEC pour suivre en temps réel les derniers ETF lancés sur le marché.
Il en est certain, c’est aujourd’hui que les ETF Bitcoin seront approuvés, et l’annonce devrait tomber dans les prochaines minutes.
Cela fait bientôt trois quarts d’heures qu’il rafraîchit continuellement la page et il est au bord de la crise de nerf.
La veille, il a déjà failli faire une attaque lorsque le compte X de la SEC a annoncé le lancement des ETF, avant que quelques minutes plus tard, Gary Gensler n’annonce que le compte avait été piraté.
Jimmy appuie encore une dizaine de fois sur son clavier. Il est tellement nerveux que la page n’a pas le temps de charger complètement entre deux tentatives.
Une goutte de sueur coule le long de sa tempe et vient s’écraser sur le bureau, entre sa souris et une canette de RedBull.
Puis, tout d’un coup, onze lignes apparaissent à l’écran. Victoire !
Il se précipite sur sa souris et renverse au passage le reste de la canette. Il est tellement absorbé par ce moment historique qu’il ne voit pas le liquide maronâtre se répandre sur son tapis.
À la vitesse de l’éclair, ses yeux se dirigent vers le second écran où une fenêtre Binance est ouverte avec un ordre long d’un BTC prêt à l’envoi. Il ne lui reste plus qu’à cliquer sur le gros bouton vert, ce qu’il s’empresse de faire.
C’est certain, il va manger un max sur ce trade !
Mais c’était sûr en fait !
Jimmy est à la fois désespéré et en colère contre lui-même.
Il vient de clôturer de foutu trade, qu’il a lancé lors de l’annonce des ETF.
C’était censé être un événement historique où tous les institutionnels allaient enfin pouvoir prendre une part de ce marché, comme avec les ETF sur l’or en 2004 !
Mais malgré une légère hausse de 2% après l’annonce officielle, le marché a décidé de n’en faire qu’à sa tête et 10 jours plus tard, BTC se trade 10% plus bas.
Il y avait eu tellement de fausses annonces avec CoinTelegraph, puis avec le hack du compte X de la SEC, que finalement le marché n’a quasiment pas réagit après l’approbation des ETF.
Et par-dessus le marché, Jimmy est furieux d’avoir à nouveau touché au levier. Ça fait bientôt 2 ans qu’il s’est lancé dans les crypto, et au fond de lui, il sait qu’il est mauvais en trading, mais il persiste à essayer et il se prend rekt sur rekt. Aujourd’hui, c’est une perte de 40% qu’il accuse.
Le halving c’est aujourd’hui !
Jimmy est excité comme jamais, c’est la première fois qu’il va pouvoir assister à ce genre d’événement qui n’arrive que tous les 4 ans.
Pour les non-geeks, rien de très intéressant, juste un nombre qui est divisé par deux, mais sur X, la communauté est enflammée, à chaque bloc qui passe, tous les crypto bros xeetent le nombre de blocs qu’il reste avant le halving.
Pour beaucoup, c’est un événement qui est synonyme de début de la prochaine vague haussière.
Plus que trois blocs.
Mais cette fois, il a compris la leçon, il n’essaiera pas de trader cette nouvelle.
Encore deux.
Il préfère garder un bon bag de BTC sur le long terme. Un bag qu’il compte vendre au prochain top du marché.
Un seul bloc.
Ça y est, le halving est passé, désormais les récompenses seront de 3.125 BTC par bloc miné. X est en feu, les xeets défilent sous les yeux de Jimmy sans pouvoir les lire.
Puis il se rend compte que finalement, rien n’a vraiment changé, son portefeuille est au même niveau, et il est toujours tout seul en slip dans sa chambre.
Il reprend sa souris en main, et ouvre une nouvelle fenêtre pour dig ce nouveau projet dont il a entendu parler.
Ce bull run a été très fructueux pour Jimmy, malgré quelques casseroles en début de cycle avec ses tentatives de trading, il a réussi à hold la majorité de son bag quasiment jusqu’en haut avant de vendre en stablecoin 80% de ses positions.
Il s’est avéré que Jimmy était un peu trop impatient. Il ne fallait pas attendre de la vieille finance qu’elle soit plus rapide, car elle était désormais reliée à la blockchain. Ces ETF n’ont fait que rajouter de la complexité administrative et ça s’est avéré pire encore pour Ethereum. Les capitaux étaient là, mais plusieurs mois de contraintes juridiques ont été nécessaires pour qu’ils affluent en masse. En tout, ce sont plus de 2 millions de BTC qui sont actuellement bloqués dans ces produits financiers.
Entre-temps, trois nouveaux pays ont adopté Bitcoin comme monnaie officielle : l’Argentine, le Guatemala et le Sénégal.
Finalement, le CT a eu le bull run qu’il souhaitait avec un top à 250 000 dollars un an plus tôt. Bitcoin oscille désormais autour de 80 000 dollars et Jimmy commence à reprendre position en prévision du prochain cycle.
À peine un mois plus tôt, la plateforme Crypto.com s’effondrait. Avec les premières investigations, on s’est rendu compte qu’elle était déjà au bord de la faillite en 2024, mais le bull run lui a donné un nouveau souffle, qui s’est avéré de courtes durées. Crypto.com a repris les dépenses faramineuses en publicité, que ce soit pour le SuperBall, la F1 et même le foot. Et ce qui devait arriver arriva : le méchant bear market.
Heureusement pour Jimmy, tous ses sous se trouvaient sur son hardware wallet, mais ça n’a pas empêché quelques millions de newbies de se faire plumer, encore…
Jimmy marche tranquillement dans la rue pour se rendre à son travail. Machinalement, il cligne quatre fois des yeux pour ouvrir le menu de son Vision Max Pro.
Une fenêtre semi-transparente s’affiche au-dessus de lui, avec le ciel bleu en toile de fond.
Le cours du satoshi est toujours stable autour des 0.12€. Il le regarde tous les jours. Depuis quelques années plus grand monde ne parle du prix du bitcoin, pas pratique à suivre lorsqu’un actif vaut plus de 12 millions de dollars l’unité.
Finalement, Bitcoin a été une révolution, mais pas de la manière dont on s’y attendait. Il y a eu des révoltes, oui, et les monnaies ont perdu en valeur à cause de l’inflation, mais aucun gouvernement ne s’est effondré, on n’a guillotiné personne.
Les quelques expérimentations de MNBC de la fin des années 20 se sont soldées par des échecs. Les citoyens n’en voulaient pas, les banques non plus. Après quelques années, la plupart des banques centrales ont décidé d’abandonner le projet, cela avait créé plus de problèmes que de solutions.
À la place, les États ont plutôt décidé d’ajouter du bitcoin à leurs réserves monétaires, ce qui a permis de relativement stabiliser les monnaies fiat. Les deux cohabitent pacifiquement et dans la plupart des magasins, il est possible de payer en euro ou en sats.
Enfin, ce ne sont pas des vrais satoshis, plutôt un équivalent émis sur Ethereum et collatéralisé par des ETF Bitcoin. Mais ça, peu de gens le savent. L’important, c’est que ça fonctionne non ?
Jimmy, lui, il n’oublie pas, et c’est avec beaucoup de fierté qu’il regarde chaque jour son adresse en sachant que ce sont de vrais sats.
Ces dernières années, les fonds d’investissements ont fait la chasse aux satoshis restants et on dit qu’ils auraient plus de 14 millions de BTC dans leurs réserves. Une fortune ! Et le mot est petit.
Ces BTC sont ensuite utilisés pour alimenter les monnaies internationales en prenant une commission sur chaque échange. Ils détiennent donc une sorte de rente sur l’économie mondiale tout entière. Les gains sont pour eux pharaoniques.
C’est pour ça qu’ils rachètent le moindre satoshi en circulation, même des fois plus haut que le cours actuel pour forcer les derniers holders à vendre. Jimmy fait partie des ces derniers holders qu’on appelle les Adamantium Hands.
Mais Jimmy ne cèdera pas. Jamais il ne vendra ses 100 millions de satoshis.
Tous les soirs, avant de se coucher, il se remémore cette douce phrase : HODL !!
