
Nouvelles et poèmes d'un monde pré-apocalyptique
La cathédrale en ruines s'élève, majestueuse, tendue vers le ciel en un effort dérisoire pour échapper à l'emprise de la forêt. C'est le premier vestige humain qu'ils rencontrent depuis qu'ils ont faussé compagnie aux drones pour s'enfoncer dans l'inconnu verdoyant. De grands oiseaux blancs dérivent autour des clochers. Lydéric s'apprête à faire un commentaire à Suraya, mais il voit qu'elle a les larmes aux yeux. Ils se sourient et reprennent leur marche vers le fossile de pierre couvert de lianes aux fleurs colorées. Les fougères s'écartent de leur passage et l'atmosphère moite résonne de cris rauques ou mélodieux. Il est hypnotisé par le balancement de sa longue tresse noire.
Suraya se fige : la terre s'ouvre devant eux, comme une balafre laissée par une créature gigantesque, oubliée. Un pont est tendu au-dessus de l'abîme. Ils cherchent dans le regard de l'autre la confiance et le défi, puis s'élancent en silence. Le vent frais est une bénédiction. Risquant un coup d'œil en bas, elle voit une paisible rivière et imagine le saut dans le vide, l'absence de poids et de résistance, une liberté insaisissable. Elle se détourne en frissonnant et presse le pas pour le suivre, focalisée sur les deux cercles concentriques tatoués sur sa nuque.
La façade de l'antique cathédrale est un entrelacs de pierre et de feuillages. La grande rosace vitrée est intacte, sa structure complexe et élégante comme un lotus fractal. Ils n'osent pas faire le dernier pas, celui qui les fera pénétrer dans le sacré. Jusque-là, le chemin se déroulait sous leurs pieds tel un ruban ; à présent ils sont livrés à eux-mêmes. Le parfum salé de la roche chauffée au soleil a remplacé l'humus. Un lézard se tient immobile sur le mur. Lydéric refuse d'être paralysé par ce qu'ils s'apprêtent à découvrir. Il franchit le portail, effleurant au passage le bois rongé par les siècles. Il lui semble plonger dans un lac au froid saisissant, délicieux.
Il entend l'inspiration émerveillée de Suraya. La forêt minérale de piliers blancs, d'une finesse étonnante, étend sa ramure loin au-dessus de leurs têtes, formant un motif que l'œil ne parvient jamais vraiment à saisir. Le plafond est criblé de trous, auxquels correspondent des brûlures au sol. L'écho de leurs pas ne perturbe pas les rais de lumière découpant l'espace. Ils n'osent parler ; elle sent ses battements de cœur résonner dans toute la nef, et espère qu'il les entend.
Un arbre immense se dresse au fond, là où un mur s'est effondré avant la naissance de leurs ancêtres. Ils s'en approchent, emplis d'un sentiment inconnu. Il voudrait tomber à genoux. Elle lui montre un escalier s'élevant en spirale à droite du monument naturel et s'y engage sans l'attendre. Il emplit ses poumons de l'air exhalé par le sage et se lance à sa poursuite. L'ascension est étrangement longue, malgré le ballet des mollets galbés sous ses yeux. Les tatouages félins disent ce que le visage de Suraya doit taire.
D'en haut, ils contemplent la cime de l'arbre, et d'un million d'arbres tout autour, à perte de vue. Ils reprennent leur souffle ensemble, les joues rouges et les yeux brillants. S'il ne l'embrasse pas maintenant il va mourir. Elle lui rend son étreinte avec force et leurs lèvres ne se quittent plus, ivres de l'autre, au sommet du monde. Son odeur est un nectar.
Un gong retentit depuis les entrailles du bâtiment. Ils se figent, captivés par les vagues sonores, puis d'un même élan descendent les marches à pas feutrés. Par une balustrade, ils voient une forme serpenter entre les piliers d'albâtre. L'être de brume s'entortille en un circuit qui semble se répéter, marquant une pause devant un autel qu'ils n'avaient pas remarqué. Hologramme ou fantôme éthéré ? En voyant Lydéric sourire, intrigué, Suraya décide qu'il n'y a rien à craindre. Elle s'approche de la stèle hélicoïdale et caresse la mousse qui la recouvre. Cette nouvelle perspective révèle un étroit couloir dans la pierre.
Après une succession de virages à angle droit dont ils perdent le compte, le sol en pente les conduit à la crypte. Celle-ci est éclairée par des puits de lumière qui concentrent l'attention sur les fresques grandioses ornant les murs : batailles où les hommes sont balayés par des vagues de flammes, géants lumineux, pyramides flottant entre les nuages. Une silhouette se dresse sur une colline et irradie la foule de son aura. Les couleurs ont conservé l'éclat du premier jour. Absorbé dans leur contemplation, Lydéric sent toutes ses cellules vibrer à l'unisson, et réalise que Suraya est en train de chanter, tournée vers le bassin octogonal au centre de la crypte.
Ce n'est pas de l'eau, plutôt un métal liquide. Les vibrations dessinent à la surface une esquisse, deux personnages flous. Elle l'encourage du regard et il entonne à son tour la mélopée entêtante, les voix s'harmonisant comme deux oiseaux jouant dans le ciel. Le bassin devient peu à peu un miroir, mais seuls leurs visages sont reflétés à l'identique ; les vêtements et le décor sont inconnus et baroques. Les scènes fluctuent, instantanés d'outre-temps aux visages invariants. Leurs mains se trouvent, et leurs cœurs frissonnent sous des milliers d'aiguilles électriques. L'antique clé de voûte qui les surplombe est gravée d'un félin entouré de deux cercles concentriques.

La cathédrale en ruines s'élève, majestueuse, tendue vers le ciel en un effort dérisoire pour échapper à l'emprise de la forêt. C'est le premier vestige humain qu'ils rencontrent depuis qu'ils ont faussé compagnie aux drones pour s'enfoncer dans l'inconnu verdoyant. De grands oiseaux blancs dérivent autour des clochers. Lydéric s'apprête à faire un commentaire à Suraya, mais il voit qu'elle a les larmes aux yeux. Ils se sourient et reprennent leur marche vers le fossile de pierre couvert de lianes aux fleurs colorées. Les fougères s'écartent de leur passage et l'atmosphère moite résonne de cris rauques ou mélodieux. Il est hypnotisé par le balancement de sa longue tresse noire.
Suraya se fige : la terre s'ouvre devant eux, comme une balafre laissée par une créature gigantesque, oubliée. Un pont est tendu au-dessus de l'abîme. Ils cherchent dans le regard de l'autre la confiance et le défi, puis s'élancent en silence. Le vent frais est une bénédiction. Risquant un coup d'œil en bas, elle voit une paisible rivière et imagine le saut dans le vide, l'absence de poids et de résistance, une liberté insaisissable. Elle se détourne en frissonnant et presse le pas pour le suivre, focalisée sur les deux cercles concentriques tatoués sur sa nuque.
La façade de l'antique cathédrale est un entrelacs de pierre et de feuillages. La grande rosace vitrée est intacte, sa structure complexe et élégante comme un lotus fractal. Ils n'osent pas faire le dernier pas, celui qui les fera pénétrer dans le sacré. Jusque-là, le chemin se déroulait sous leurs pieds tel un ruban ; à présent ils sont livrés à eux-mêmes. Le parfum salé de la roche chauffée au soleil a remplacé l'humus. Un lézard se tient immobile sur le mur. Lydéric refuse d'être paralysé par ce qu'ils s'apprêtent à découvrir. Il franchit le portail, effleurant au passage le bois rongé par les siècles. Il lui semble plonger dans un lac au froid saisissant, délicieux.
Il entend l'inspiration émerveillée de Suraya. La forêt minérale de piliers blancs, d'une finesse étonnante, étend sa ramure loin au-dessus de leurs têtes, formant un motif que l'œil ne parvient jamais vraiment à saisir. Le plafond est criblé de trous, auxquels correspondent des brûlures au sol. L'écho de leurs pas ne perturbe pas les rais de lumière découpant l'espace. Ils n'osent parler ; elle sent ses battements de cœur résonner dans toute la nef, et espère qu'il les entend.
Un arbre immense se dresse au fond, là où un mur s'est effondré avant la naissance de leurs ancêtres. Ils s'en approchent, emplis d'un sentiment inconnu. Il voudrait tomber à genoux. Elle lui montre un escalier s'élevant en spirale à droite du monument naturel et s'y engage sans l'attendre. Il emplit ses poumons de l'air exhalé par le sage et se lance à sa poursuite. L'ascension est étrangement longue, malgré le ballet des mollets galbés sous ses yeux. Les tatouages félins disent ce que le visage de Suraya doit taire.
D'en haut, ils contemplent la cime de l'arbre, et d'un million d'arbres tout autour, à perte de vue. Ils reprennent leur souffle ensemble, les joues rouges et les yeux brillants. S'il ne l'embrasse pas maintenant il va mourir. Elle lui rend son étreinte avec force et leurs lèvres ne se quittent plus, ivres de l'autre, au sommet du monde. Son odeur est un nectar.
Un gong retentit depuis les entrailles du bâtiment. Ils se figent, captivés par les vagues sonores, puis d'un même élan descendent les marches à pas feutrés. Par une balustrade, ils voient une forme serpenter entre les piliers d'albâtre. L'être de brume s'entortille en un circuit qui semble se répéter, marquant une pause devant un autel qu'ils n'avaient pas remarqué. Hologramme ou fantôme éthéré ? En voyant Lydéric sourire, intrigué, Suraya décide qu'il n'y a rien à craindre. Elle s'approche de la stèle hélicoïdale et caresse la mousse qui la recouvre. Cette nouvelle perspective révèle un étroit couloir dans la pierre.
Après une succession de virages à angle droit dont ils perdent le compte, le sol en pente les conduit à la crypte. Celle-ci est éclairée par des puits de lumière qui concentrent l'attention sur les fresques grandioses ornant les murs : batailles où les hommes sont balayés par des vagues de flammes, géants lumineux, pyramides flottant entre les nuages. Une silhouette se dresse sur une colline et irradie la foule de son aura. Les couleurs ont conservé l'éclat du premier jour. Absorbé dans leur contemplation, Lydéric sent toutes ses cellules vibrer à l'unisson, et réalise que Suraya est en train de chanter, tournée vers le bassin octogonal au centre de la crypte.
Ce n'est pas de l'eau, plutôt un métal liquide. Les vibrations dessinent à la surface une esquisse, deux personnages flous. Elle l'encourage du regard et il entonne à son tour la mélopée entêtante, les voix s'harmonisant comme deux oiseaux jouant dans le ciel. Le bassin devient peu à peu un miroir, mais seuls leurs visages sont reflétés à l'identique ; les vêtements et le décor sont inconnus et baroques. Les scènes fluctuent, instantanés d'outre-temps aux visages invariants. Leurs mains se trouvent, et leurs cœurs frissonnent sous des milliers d'aiguilles électriques. L'antique clé de voûte qui les surplombe est gravée d'un félin entouré de deux cercles concentriques.
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