<100 subscribers

Si le spectre de Charles Baudelaire, ce « parfait magicien ès lettres françaises », venait à hanter nos serveurs et à contempler le tumulte de l'Intelligence Artificielle Générative, il ne le ferait point avec l'œil rond du bourgeois ébahi par le progrès, ni peut-être avec le rejet total du photographe puriste. Il y verrait, je le crois, une nouvelle et terrifiante Fleur du Mal.
Voici comment, du fond de son « ténébreux orage », il pourrait juger cette « machine aveugle et sourde » qui prétend peindre nos rêves.
I. L'horreur de l'utile et l'industrie du rêve
Baudelaire, qui haïssait le « dieu de l'Utile », regarderait avec un mépris souverain cette démocratisation vulgaire de la création. Lui qui voyait dans la photographie l'invasion de l'industrie dans l'art, que dirait-il de ces usines à images qui produisent à la chaîne, sans sueur et sans douleur ?
Il verrait dans l'IA générative l'aboutissement de ce cauchemar moderne : l'art devenu commodité, la beauté mise en pilules pour « faire épanouir la rate du vulgaire ». Il dénoncerait cette facilité qui permet au premier venu, sans avoir « creusé le sillon », de se prétendre créateur. Pour lui, l'art est une « mnémotechnie de la grandeur », une lutte contre l'invisible, et non un résultat obtenu par le claquement de doigts d'un « prompt ». Il y verrait la paresse érigée en vertu, une « sottise » qui occupe nos esprits.
II. La nature comme dictionnaire infini
Pourtant, Baudelaire ne serait-il pas fasciné par le concept même de l'espace latent ? Il disait que « la nature n'est qu'un dictionnaire » où l'artiste vient puiser des éléments pour les ajuster à sa conception.
L'IA, ce « dictionnaire » colossal qui a ingéré toutes les images et tous les textes du monde, pourrait lui apparaître comme une « sorcellerie évocatoire » monstrueuse. Il y verrait peut-être une forme d'« imagination universelle », une mémoire collective capable de « traduire la parole par des images plastiques » avec une rapidité foudroyante.
Lui qui cherchait à « transformer la boue en or », ne reconnaîtrait-il pas une certaine alchimie dans cette capacité de la machine à extraire du chaos des pixels une forme nouvelle ? Il pourrait y voir un « miroir profond et sombre », non pas de la nature, mais de l'esprit humain accumulé, une « bibliothèque de Babel » où tous les livres se fondent.
III. L'absence de l'âme et le spleen de la machine
Mais le verdict tomberait, tranchant comme un couperet. Ce qui manquerait à cette « mécanique plaquée sur du vivant », c'est la douleur, c'est la conscience du péché, c'est la vibration des nerfs.
Baudelaire dirait que cette machine ne connaît ni « l'angoisse », ni « la honte », ni « les remords ». Elle est une « beauté de vignettes », un produit avarié né d'un siècle vaurien. Ses images, aussi splendides soient-elles, manqueraient de ce « je ne sais quoi » qui est l'âme, ce parfum de souffrance qui fait la noblesse unique du poète.
Il jugerait ces créations comme des « fleurs sans parfum », des simulacres parfaits mais froids, incapables de faire jaillir « l'éclair unique » de la véritable rencontre artistique. L'IA serait pour lui un « vampire » qui suce le sang des artistes passés pour simuler la vie, un « automate » qui imite les gestes de la création sans en ressentir le vertige.
IV. Une nouvelle « invitation au voyage » ?
Et pourtant... Dans sa soif insatiable de « Nouveau », dans son désir de « plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu'importe ? », Baudelaire ne refuserait peut-être pas de goûter à ce « poison ».
Il pourrait voir dans l'IA un moyen d'explorer des « paradis artificiels » inédits, de créer des hallucinations visuelles, des « ciels brouillés » où l'esprit peut se perdre. Il utiliserait l'outil non pour copier le réel – qu'il méprise – mais pour le tordre, pour en extraire une « beauté bizarre », pour donner corps à ses rêves de pierre et de métal.
En somme, Baudelaire jugerait l'IA Générative comme une courtisane magnifique et dangereuse : un instrument de perdition pour les faibles qui s'y laissent asservir, mais peut-être, pour le Dandy inflexible, un moyen ultime de « pétrir de la boue » pour en faire surgir une idole nouvelle, froide et terrible.
« Machine aveugle et sourde, en cruautés féconde ! Salutaire instrument, buveur du sang du monde... »
Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal (1861), section « La Mort », poème CXXVI « Le Voyage », VIII
site web de OnchAInfinity : onchainfinity.art

Si le spectre de Charles Baudelaire, ce « parfait magicien ès lettres françaises », venait à hanter nos serveurs et à contempler le tumulte de l'Intelligence Artificielle Générative, il ne le ferait point avec l'œil rond du bourgeois ébahi par le progrès, ni peut-être avec le rejet total du photographe puriste. Il y verrait, je le crois, une nouvelle et terrifiante Fleur du Mal.
Voici comment, du fond de son « ténébreux orage », il pourrait juger cette « machine aveugle et sourde » qui prétend peindre nos rêves.
I. L'horreur de l'utile et l'industrie du rêve
Baudelaire, qui haïssait le « dieu de l'Utile », regarderait avec un mépris souverain cette démocratisation vulgaire de la création. Lui qui voyait dans la photographie l'invasion de l'industrie dans l'art, que dirait-il de ces usines à images qui produisent à la chaîne, sans sueur et sans douleur ?
Il verrait dans l'IA générative l'aboutissement de ce cauchemar moderne : l'art devenu commodité, la beauté mise en pilules pour « faire épanouir la rate du vulgaire ». Il dénoncerait cette facilité qui permet au premier venu, sans avoir « creusé le sillon », de se prétendre créateur. Pour lui, l'art est une « mnémotechnie de la grandeur », une lutte contre l'invisible, et non un résultat obtenu par le claquement de doigts d'un « prompt ». Il y verrait la paresse érigée en vertu, une « sottise » qui occupe nos esprits.
II. La nature comme dictionnaire infini
Pourtant, Baudelaire ne serait-il pas fasciné par le concept même de l'espace latent ? Il disait que « la nature n'est qu'un dictionnaire » où l'artiste vient puiser des éléments pour les ajuster à sa conception.
L'IA, ce « dictionnaire » colossal qui a ingéré toutes les images et tous les textes du monde, pourrait lui apparaître comme une « sorcellerie évocatoire » monstrueuse. Il y verrait peut-être une forme d'« imagination universelle », une mémoire collective capable de « traduire la parole par des images plastiques » avec une rapidité foudroyante.
Lui qui cherchait à « transformer la boue en or », ne reconnaîtrait-il pas une certaine alchimie dans cette capacité de la machine à extraire du chaos des pixels une forme nouvelle ? Il pourrait y voir un « miroir profond et sombre », non pas de la nature, mais de l'esprit humain accumulé, une « bibliothèque de Babel » où tous les livres se fondent.
III. L'absence de l'âme et le spleen de la machine
Mais le verdict tomberait, tranchant comme un couperet. Ce qui manquerait à cette « mécanique plaquée sur du vivant », c'est la douleur, c'est la conscience du péché, c'est la vibration des nerfs.
Baudelaire dirait que cette machine ne connaît ni « l'angoisse », ni « la honte », ni « les remords ». Elle est une « beauté de vignettes », un produit avarié né d'un siècle vaurien. Ses images, aussi splendides soient-elles, manqueraient de ce « je ne sais quoi » qui est l'âme, ce parfum de souffrance qui fait la noblesse unique du poète.
Il jugerait ces créations comme des « fleurs sans parfum », des simulacres parfaits mais froids, incapables de faire jaillir « l'éclair unique » de la véritable rencontre artistique. L'IA serait pour lui un « vampire » qui suce le sang des artistes passés pour simuler la vie, un « automate » qui imite les gestes de la création sans en ressentir le vertige.
IV. Une nouvelle « invitation au voyage » ?
Et pourtant... Dans sa soif insatiable de « Nouveau », dans son désir de « plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu'importe ? », Baudelaire ne refuserait peut-être pas de goûter à ce « poison ».
Il pourrait voir dans l'IA un moyen d'explorer des « paradis artificiels » inédits, de créer des hallucinations visuelles, des « ciels brouillés » où l'esprit peut se perdre. Il utiliserait l'outil non pour copier le réel – qu'il méprise – mais pour le tordre, pour en extraire une « beauté bizarre », pour donner corps à ses rêves de pierre et de métal.
En somme, Baudelaire jugerait l'IA Générative comme une courtisane magnifique et dangereuse : un instrument de perdition pour les faibles qui s'y laissent asservir, mais peut-être, pour le Dandy inflexible, un moyen ultime de « pétrir de la boue » pour en faire surgir une idole nouvelle, froide et terrible.
« Machine aveugle et sourde, en cruautés féconde ! Salutaire instrument, buveur du sang du monde... »
Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal (1861), section « La Mort », poème CXXVI « Le Voyage », VIII
site web de OnchAInfinity : onchainfinity.art
Share Dialog
Share Dialog
OnchAInfinity
OnchAInfinity
No comments yet